Les cris des mots

Les mots s’écrivent et s’écrient dans l’univers de l’imaginaire, devenant éternels.
 
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 Blanche rencontre

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Lys Amer
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MessageSujet: Blanche rencontre   Mar 27 Mai - 17:32

Philippe est en rage. Et il fait tout pour le montrer. Il peste, il insulte, il klaxonne au volant de sa voiture flambant neuve. Coincé depuis déjà vingt minutes, il va finir par être en retard à ce fichu conseil d’entreprise. Et tout ça à cause d’une bande de jeunes cons, perpétuellement insatisfaits… A son époque les étudiants avaient autre chose à faire que de manifester tous les quatre matins pour telle ou telle raison, autant d’excuses fallacieuses permettant de s’offrir une bonne semaine de vacances.
La faute à ce flic aussi, si il est bloqué là. Paul qu’il s’appelle, c’est marqué sur son badge. Quand Philippe à débouché sur le carrefour, le cortège était au moins à trois mètres, il aurai largement eu le temps de passer. Mais il avait fallu que ce gros moustachu l’arrête, lui disant qu’il s’agissait de mesures de sécurité. Bien entendu, c’est la sécurité des râleurs, personne ne s’inquiète de savoir si sa voiture est protégée des casseurs, aux infos ils disent qu’il y en a toujours ! Et puis regardez les ces gamins ! Pas un qui soit habillé correctement, tous débraillés : les chaussures délacées, des filles habillées comme des hippies, avec les cheveux détachés et emmêlés, des ados crasseux, avec des jeans trop larges et rapiécés… Un véritable rassemblement de clochards ! Pas étonnant que ça dégénère toujours…

De toute façon, Philippe en est bien conscient, ces extrémistes sautent sur les moindres prétextes pour prôner l’anarchie, l’égalité, et la démission du gouvernement. Gouvernement pour qui des gens responsables, comme Philippe, ont voté…

Dépité, mais résigné, il abaisse son pare soleil, et dégage le mini miroir, afin de vérifier sa coiffure, et son teint. Avisant une fine ridule apparue sur son front, il note dans son agenda de prendre rendez-vous chez son esthéticienne. Le souvenir de la tournure un peu particulière de ses deux derniers rendez vous avec elle fait naître un sourire satisfait sur ses lèvres charnues. Décidément, Philippe est un homme comblé ! Il a une femme fidèle et attentive, un fils prometteur, et une maîtresse magnifique. Il est cadre supérieur dans une entreprise de transports qui emploie des sans papiers. Son entreprise leur fournit de faux papiers, en échange de quoi ils sont payés une misère. La grande majorité des chauffeurs est donc composée de Rogers, de Marcels et de Roberts aux noms divers et variés. Grâce à eux, son salaire dépasse les sept mille huit cent euros nets par mois, la vie est belle ! « Que Dieu bénisse ces camions bordeaux », murmure Philippe, avant d’éclater d’un rire tonitruant.

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Lys Amer
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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Mar 27 Mai - 17:32


Il est décidément vraiment bien là où il est… Confortablement assis dans le fauteuil de sa voiture, la ventilation réglée à tout juste dix neuf degrés, ni trop chaud, ni trop froid… Tellement bien… La vie vaut vraiment la peine d’être vécue dans ces conditions ! Ah, le ciel se couvre, c‘est dommage, ceux qui sont dehors vont être trempés, alors que Philippe est bien à l’abri ! Les nuages descendent de plus en plus, devenant peu à peu un épais brouillard emplissant la ville d’une nappe blanche… Philippe, lassé d’attendre malgré sa bonne humeur naissante, décide de trouver un autre chemin par où passer, et tend la main vers le levier de vitesse pour enclencher la marche arrière, mais… Mais il n’y a plus de levier de vitesse ! Il n’est donc plus dans sa voiture ? Que se passe-t-il ? Comment est-ce que ça s’est produit surtout ? Philippe se tourne pour regarder la rue derrière lui. Rien. Il n’y a rien. Que du blanc, ce brouillard épais qui masque tout. Il n’y a plus de voiture, plus rien, Philippe est debout, nu, au milieu de ce brouillard. Mais ce n’est pas du brouillard. C’est trop sec. C’est trop vide. C’est trop opaque. C’est du blanc. Tout simplement. Du blanc à l’état pur. Sous ses pieds. Devant ses yeux. Au dessus, derrière, devant. Partout. D’ailleurs Philippe ne voit plus ses pieds. Déconcerté, il se dirige en direction du mur. Enfin là où il est sensé être. Là où il était lorsqu’il le voyait encore. Les mains tendues, il titube doucement, n’osant pas marcher trop vite de peur d’un obstacle. Mais il ne rencontre rien. Pas de mur. Pas une aspérité. Pas une bosse. Pas un creux dans le blanc. Tout est lisse. Fade. Impersonnel. Blanc. Peur. La peur est là. Elle s’empare de Philippe, s‘insinue dans ses veines, dans ses nerfs. La peur est vivante, elle emplit Philippe comme jamais. Que se passe-t-il ? Philippe à une impression de déjà vu, de déjà entendu. Il ne faut pas faire de répétitions, Philippe le sait, sa maîtresse d’école le lui a dit mille fois. Philippe se retourne. Puis se détourne. Change de sens, de position. Se retourne. Avance, puis recule. Et s’il y avait un trou ? Philippe n’ose pas bouger. Rien ne se passe, tout est blanc. Philippe se met à courir. De toute ses forces. Mais rien ne bouge. Pas même lui. Philippe est comme une bulle d’air dans de la crème fraîche et quelque un va manger la cuillère de crème ! D’un coup Philippe se stoppe. Il aurai du toucher quelque chose en courant. Comment se fait-il qu’il n’ait rien touché pendant sa course ? Pas un mur, pas une voiture, en pleine ville ? Voilà, la solution est là ! Écouter les voitures, et se repérer comme ça ! Il tend l’oreille. Rien. Que le blanc, qui l’enferme, qui l’obsède. Autre chose. Il faut trouver. Que se passe-t-il ? La maîtresse va te donner une punition pour tes répétitions Philippe ! Il baisse les yeux. Philippe regarde le sol. Il a disparu. Il n‘y à plus de sol. Il n‘y a plus rien. Que du blanc. Où sont ses pieds ? Eh bien, sur le sol ! Donc le sol est toujours là. Soulagement. Philippe s’enfonce. Le brouillard est là. Il le presse, l’enserre. Constriction. Peur. Frayeur. Le désespoir l’incompréhension la folie le blanc Annie. Annie ? Que vient donc faire Annie ici ? Annie est sa femme, Philippe veut qu‘elle parte. Elle n’a rien à faire ici. Annie doit être à la maison. Philippe crie, et hurle de frayeur ! « Quel était donc ce bruit ? Ma voix ? Annie, vas-t’en, c’est mon blanc ! Tu n’as pas le droit d’être là ! Que se passe-t-il ? Non Philippe, je t’aurais prévenu, encore une répétition et c’est un point en moins ! Mais que dois-je faire ? Hein ? Qui parle ? Mais c’est moi ? Que se passe… Attention Philippe, n’oublie pas ! Que m’arrive-t-il ? » La voix est étouffée, plate. Blanche. Philippe cours, marche, recule, tourne, tombe, s’enfonce. Où est le sol ? Il n’y à plus de sol depuis tout à l’heure. Alors sur quoi est-il ? Philippe n’est pas sur quelque chose. Il est dans le blanc. Philippe sombre. Il y a une étrange pression dans sa gorge, comme s’il avalait quelque chose de beaucoup trop gros. C’est coincé. Sa gorge est bloquée. De toute façon ça n’a pas d’importance, Philippe ne respire plus. Philippe meurs. « Hein ? C’est ça la mort ? Mais je ne veux pas ! À l’aide, à moi, quelque un n’importe qui, sauvez moi, je suis riche, sauvez moi vous aurez tout ce que vous voulez, quelqu’un, quelqu’un, que quelqu’un m’aide ! » Philippe cours. Il n’est pas mort. Soulagement. Depuis une heure, ou bien dix minutes. Le patron crie. « Que faites vous ici, Philippe. Ici c’est mon blanc, vous ne l’aurez pas ! » Philippe tourne, change, crie, parle, pleure, supplie. Tout est blanc. Opaque. Solide mais mou. Fluide, élastique. Blanc. Philippe ne voit plus ses pieds, ne les sent plus. Tout a disparu. Philippe est une pensée. Non. Philippe est une infinité de pensées. Où sont ses mains ? Devant lui, il les distingue. Elles sont blanches ! Pâles. Longues. Difformes. Elles bougent sans qu’il le veuille. Elles sont le brouillard. Mais si il y a un mouvement… Rien ne se passe, le blanc est là. Philippe ne contrôle plus rien. Et autour de lui. Philippe cours dans le blanc. A grandes enjambées. Philippe meurs. Encore ! Mais il n’était pas mort. Philippe est blanc ! Rien autour de lui. Du blanc, de la neige, pas de température, du blanc. Il faut se concentrer. Philippe est une pensée. Philippe doit penser. Au réel, pas au blanc. Sa voiture. Comment est sa voiture ? Sa voiture n’existe plus, il le sait, il était dedans. Comment était elle ? Blanche ! Non, autre chose ! Cours Philippe ! La voiture est en fer ! Du fer-blanc probablement ! Non surtout pas ! Pas le blanc, le blanc est là, pense à autre chose ! Philippe s’arrête. Comment se sent-il ? Peur. Il a peur. Une peur blanche ! Autre chose ! Mais que se passe-t-il ? Tu étais prévenu Philippe, un point de moins ! Philippe pleure, meurs, encore. Philippe cours pleure parle crie hurle marche recule tourne tombe s’enfonce se relève s’affale rampe bois avale. Philippe respire le blanc, Philippe est le blanc. Regarde donc autour de toi Philippe que vois tu ? C’est blanc, lisse. Opaque. Blanc. Infini. Clair. Répétitif. Blanc. Tout est blanc. Des petits points. Ceux que Philippe a perdus avec sa répétition. La note de la maîtresse tombe. Zéro pointé. Le point rouge bave sur la page blanche. Du blanc. Philippe se fige. Du rouge ? Il a bien vu du rouge ? Le point du zéro était rouge. Philippe se retourne, regarde. Que du blanc. Rien que du blanc… une page blanche, avec des mots blancs. Philippe se retourne. Il marche désormais, attendant la fin. La faim qui vient déjà. Mais il n’y a rien, que le blanc. Pas de sensations. Excepté ce poids sur sa poitrine. Sur ses bras. Dans sa gorge. Pas de couleurs. Que le blanc. Infini. Sans nuances. Juste blanc. Pas de chaleur. Pas de froid, le blanc est isolant. Blanc. Pas d’odeurs. Juste le blanc, et ce point rougeâtre qui bave. Philippe crie, hurle de joie ! Cette fois-ci il en est sûr, le point était bien réel ! Mais il a de nouveau disparu. Dans le blanc.
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Lys Amer
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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Mar 27 Mai - 17:33



Philippe se tourne lentement, comme pour ne pas effrayer la lueur qui, il en est certain, et un signe de Dieu. Il aperçoit, du coin de l’œuil, un reflet rougeoyant… il décide de prendre cette direction, et de ne plus en changer jusqu’à… rien n’est bien clair dans sa tête, hormis son obsession, qui est passée de la crainte du blanc à l’amour inconditionnel pour le rouge… Mais le petit point a disparu. Ça ne change rien, Philippe avance. Encore, et encore. Philippe est perdu dans le blanc. Car il est toujours là ! Mais pas le point rouge ! Philippe trébuche. Tombe. Il retrouve son guide en se redressant. Exactement à l’opposé de son cap. Philippe fait demi-tour. Il peste contre la dénivellation du sol inexistant, seule explication de sa déviation. À la merci de son imaginaire, assailli des visions de son patron, de sa femme venant voler son blanc, Philippe avance, se guidant sur un point qui lui semble rouge, mouvant, qui disparaît sans cesse pour réapparaître derrière lui, à droite quand il le pense à gauche…

Philippe commence à désespérer, lorsque soudain son pied heurte un objet qui le blesse. S’accroupissant, Philippe distingue un sol rocailleux, parsemé de tessons de verre et de morceaux de métal divers et variés, exhalant une étrange fumée blanche. Passé sa première réaction, une joie indicible qui l’envahit à la vue du sol, un sol palpable et brun noir, non blanc, Philippe peste contre le mauvais entretient des lieux. Suivant tant bien que mal un sentier sinueux, se cognant à chaque pas, trébuchant régulièrement, et tombant parfois, Philippe sort progressivement du brouillard, pour se retrouver finalement dans un monde… Noir. La nuit est tombée, et seul le point rouge salvateur brille de mille feux au bout du chemin. Malgré ses pieds écorchés, ses mains ensanglantées et sa haine féroce pour les aspérités acérées du sol, Philippe se met à courir, afin d’atteindre son objectif avant qu’il ne disparaisse à nouveau. Les étoiles disparaissent à leur tour. Un tunnel se forme autour de Philippe, le sol s’incurve de part et d’autre du chemin, se redressant en deux hauts murs qui finissent par se joindre en un plafond aussi aiguisé que l’est le sol. Le passage se resserre. Petit à petit. Philippe se retrouve dans un goulot qu’il doit franchir pour atteindre le point rouge. Tentant le tout pour le tout, il se met de profil, et force le passage, s’infligeant de longues estafilades sur le torse, le dos, les cuisses et les bras, qui viennent s’ajouter aux précédentes… Philippe est exténué, éraflé de toute part, mais satisfait. Il a enfin trouvé la source du point rouge !

Qui s’éteint. Une lumière emplit alors la pièce. C’est en fait une grotte, éclairée par une multitude de bougies. Au centre se trouve un fauteuil placé de telle manière que Philippe n’en voit que le dos. Il s’en approche, le pensant vide, mais une main se lève d’un accoudoir. Longue. Fine. Blanche. Saisi d’effroi, Philippe recule. La main diaphane, presque transparente, lui fait signe de stopper. Comme paralysé, le cœur battant, il obéit. Enfin le fauteuil pivote, et son occupant fait face à Philippe. Il se lève, et s’approche, en pleine lumière. C’est un homme de haute stature, très mince, presque maigre. Son visage émacié, très pâle, est mangé par deux yeux aux iris d’un rouge sang. D’un signe il intime à Philippe de s’asseoir, lui désignant un tabouret apparu au milieu de la pièce. Une fois son hôte installé, il reprend place dans son fauteuil.

« Ainsi tu es prêt à tout pour que je te sauve. » Ce n’est pas une question. Sa voix est posée, grave. Son timbre suave fait frissonner Philippe, qui ne sait que répondre.
« Je sais que tu es riche, tu l’as dit tout à l’heure. Mais, vois-tu, cela ne m’importe que peu. Je ne suis pas ordinaire, je veux donc quelque chose… D’extraordinaire. »
Le frisson se mue en un tremblement affectant l’ensemble du corps de Philippe. Un étrange pressentiment l’envahit, et il tente de reprendre le contrôle de cette situation qui dérape par une attaque frontale :
« Vous ne m’avez pas l’air si extraordinaire que cela. Et seule ma persévérance m’a sauvée, je n’ai besoin de nul homme pour trouver mon chemin. » Ponctuant sa phrase d’un reniflement dédaigneux, il guette la réaction de son vis-à-vis.
Les yeux de l’homme se mettent alors à briller d’une lumière rouge, insoutenable, celle-là même qui a guidé Philippe, mais bien plus vive. Sa voix s’élève alors, riche de nuances terrifiantes, gutturales, emplissant toute la caverne :
« Nul n’a jamais dit que je suis humain. Mon regard t’as mené ici, et j’exige mon payement. Toute peine mérite salaire, n’est-ce pas ? Il y avait bien longtemps que je n‘avais pas vu d’homme aussi arrogant, aussi mauvais que toi… Ton âme est pourrie par l‘argent, l’ambition et la cupidité, elle sera délicieuse…
_Pas de bol pour moi, je suis tombé sur le diable ! » Raille Philippe. « Arrête donc ton numéro, et dis moi ton prix ! » Tu n’auras jamais mon âme, la seule que je me connaisse, c’est mon portefeuille, ajoute-t-il en lui-même.
« Mon prix est fixé. » Les lèvres fines de l’homme s’étirent en un sourire satisfait, alors que les murs se mettent à tourbillonner autour d’eux…
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Lys Amer
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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Mar 27 Mai - 17:34

Philippe se réveille en sursaut, quelque un frappe à la fenêtre de sa voiture. C’est le gros flic, le moustachu :
« Eh bien qu’est-ce que vous attendez pour circuler, c’est bon, ils sont passés, alors maintenant roulez, j’ai pas la journée moi ! »
Derrière lui les automobilistes s’impatientent. Refermant la vitre au nez de l’agent, il démarre en trombe afin de ne pas être en retard pour son conseil. Philippe est soulagé. Un peu secoué, mais soulagé. Ce n’était qu’un rêve ! Très réaliste, certes. Et extrêmement stressant ! Mais quelle imagination ! Et puis la tête du diable ! Vraiment risible tout ça !
Il respire la bonne humeur en entrant dans la salle de conseil avec seulement cinq minutes de retard. Il invoque la manifestation comme excuse, sachant que certains de ses collègues l’ont eux aussi croisé, et pourront ainsi corroborer ses dires si besoin est. Mais le patron est lui aussi de bonne humeur. Tout se passe donc bien, et Philippe rentre chez lui le cœur léger, à quinze heure, après une dure journée de labeur à faire trimer les stagiaires de son étage afin qu’ils finissent les rapports statistiques bêta à temps. Sur la route, il saisit son téléphone cellulaire, et appelle son esthéticienne, afin de prendre rendez-vous, en lui murmurant qu’il espère qu’il sera tout aussi particulier que les précédents ! Après quelques réflexions salaces il raccroche, et note sur un post-it collé au lecteur CD l’heure et la date de son prochain adultère.



Cela fait bientôt un an que Philippe fréquente Nina. Annie, sa femme, s’en doute, mais elle n’ose rien dire, de peur qu’il ne la délaisse totalement, lui préférant cette jeune et belle esthéticienne. Lui s’amuse de cette situation, faisant languir les deux femmes, qui ne se doutent pas de l’existence d’une troisième rivale ! Tout est déjà planifié. Quand il aura obtenu de Nina la co-direction de son institut de beauté, il divorcera officiellement d’Annie, pour s’installer avec Manon ! Cette jeune métisse est promise à un bel avenir, et à un bel héritage de son père, tant financier qu’économique. N’étant pas intéressée par la gestion d’entreprises, elle a proposé à Philippe de lui céder ses parts si il acceptait de l’épouser. Ainsi, grâce à un divorce, puis un mariage, il va devenir, à seulement trente sept ans à la fois vice président de sa société de transport, co-propriétaire d’un institut de beauté en plein essor, et PDG d’une entreprise gestion de matériel de sécurité !

Son avenir est tout tracé, et même calligraphié à l’encre d’or, selon lui ! Son portable vibre sur le siège à coté de lui. Il regarde les quatre premiers chiffres du numéro : 06.66... Sa femme, encore, et toujours. Enfin plus pour longtemps. Dédaignant l’appareil il redresse la tête…
BLANC.

Tout est devenu blanc, en un instant. Partout. Seuls son volant, ses mains, et l’habitacle de la voiture sont encore visibles. Les seules sensations sont le contact du siège contre son corps, et des pédales sous ses pieds. Le bruit du moteur est absent, comme absorbé par le blanc, les vibrations de la route, du téléphone. Tout s’est évanoui, le laissant seul face à sa phobie. Mais il reste conscient. Ce rêve est devenu récurrent. Il cherche autour de lui la lueur rouge qui le guidera. Et contrairement à la première fois, il se retrouvera tout simplement dans son lit, haletant, sain, sauf et tremblant, assoiffé. Il tarde à la trouver, mais ne désespère pas. Il a toujours refusé de voir un psychothérapeute à ce sujet. Ce n’est qu’un rêve après tout. Là ! Tout droit ! Elle vient d’apparaître, un peu en hauteur, exactement face à lui. Une lumière rouge, vive : le phare salvateur qui le sortira de son cauchemar. Il écrase l’accélérateur et prend de la vitesse, avant de réaliser soudain que jamais dans ses rêves il n’était en voiture… Toujours à pied…


Le chauffeur hébété n’a rien pu faire. Robert Praxton, comme l’indique son permis de conduire. Il est interrogé par l’un des policiers tandis que l’autre dresse un périmètre de sécurité, appelle des renforts et étudie les lieux de l’accident. Robert est chauffeur dans cette boite depuis quatre ans déjà. Ce poste était pour lui une aubaine. Robert… Un nom inhabituel pour un type basané comme lui. Il élude la remarque du policier avec gêne, invoquant le choc psychologique de l’accident pour parler le moins possible. L’agent, compréhensif, lui tend un café tiède, sorti de son thermos, et lui pose quelques dernières questions avant de rejoindre son collègue. Celui-ci est en train de fouiller la voiture accidentée.

« Le chauffeur dit que le type a déboulé comme un dingue » raconte-t-il en se lissant la moustache, la main gauche posée sur sa bedaine de plus en plus imposante. « Il n’a rien pu faire, l’autre à du griller le feu rouge… » Poursuit-il.
Le second acquiesce, et commente la richesse évidente du chauffeur, mort étouffé par les airbags. Il s’extirpe du véhicule détruit, un portefeuille bien garni à la main. Il en sort le permis de conduire, le parcourt du regard, et lâche :
« Eh bien merci, Philippe, c’est bientôt noël, ce bibelot fera un parfait cadeau ! » puis il ajoute, avec un clin d’œuil à son collègue « faut bien arrondir ses fins de mois comme on peut ! »
Gêné, Paul détourne le regard. Il a décidément du mal avec les yeux rouges de son nouveau collègue albinos…
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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Mar 27 Mai - 17:36


Eh bien voilà...
Merci d'avoir lu jusqu'au bout, sur un écran c'est pas toujours trés facile, sur papier c'est tellement plus agréable...
M'enfin !
Je suis ouverte aux commentaires !

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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Sam 31 Mai - 12:36

Ça y est, j'ai lu! Razz

1ere remarque : C'est vrai que sur papier ça doit être plus facile, car là ça fait bloc, mais tu l'as constaté j'imagine... ^^

Sinon l'histoire est bien; ah ce sacré Philippe, un homme bien ordinaire dans ce monde silent

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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Lun 2 Juin - 20:43

Disons que c'est un theme d'un concours qui m'a inspiré cette nouvelle.
Un thème comme je les aime : "rouge". Concours photo, vidéo, nouvelle... J'ai au final écrit deux textes sur ce theme, celui-ci étant plus introspectif je pense.
Je posterai le second sous peu^^

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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Lun 2 Juin - 22:51

Je connais ce thème, d'ailleurs le site qui propose les concours est très bien fait Smile

Je vais commencer celui pour les poème sur le thème "les forêts"...

J'attends le second Very Happy

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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Mar 3 Juin - 21:36

Le théme c'était le concours étudiant de cette année, je ne sais pas si c'est un site... L'autre nouvelle que j'avais écrite c'est celle sur la corrida dont je t'ai parlé^^

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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Mar 3 Juin - 21:40

Voici le lien du site. Il y a pleins de concours dont le graphisme par exemple Smile

La corrida? Je m'en souviens plus scratch T'es sûre de m'en avoir parler?

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MessageSujet: Re: Blanche rencontre   Mer 4 Juin - 1:29

L'est sur mon blog.
Je la poste ici dés que j'ai le courage de la découper xD

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